À Marseille et plus largement en Provence, l’été est synonyme de soleil, de chaleur et de journées passées en extérieur. Mais pour nos yeux, cette saison, qui s’éternise sans fin alors que l’automne vient de débuter, peut aussi être synonyme de picotements, de brûlures, de rougeurs ou de sensation de sable dans les yeux. Chaleur, mistral, climatisation et écrans peuvent en effet fragiliser le film lacrymal. Explications du Dr Natanael Levy, ophtalmologiste à Marseille.
Cette désagréable sensation de « sable dans les yeux »
Les yeux secs sont devenus une plainte fréquente dans les cabinets d’ophtalmologie. Et l’été sans fin de cette annéee peut accentuer le phénomène.
« Le film lacrymal est une structure complexe qui recouvre en permanence la cornée. Il participe à la lubrification et à la protection de la surface oculaire, à la défense contre
les agressions extérieures et à la qualité optique de la vision. Lorsque ce film devient instable ou s’évapore trop rapidement, des symptômes de sécheresse peuvent apparaître », explique le Dr Natanael Levy.
Les patients décrivent alors des symptômes très variés : picotements, brûlures, sensation de corps étranger, yeux rouges, fatigue visuelle ou vision qui devient fluctuante.
Un symptôme peut toutefois sembler paradoxal : avoir les yeux qui pleurent.
« Un œil sec peut paradoxalement se mettre à pleurer. Lorsque la surface oculaire est irritée, l’œil peut produire des larmes réflexes. Le patient a alors l’impression d’avoir les yeux trop humides alors que le problème initial est bien une mauvaise qualité du film lacrymal », précise l’ophtalmologiste marseillais.
Le mistral, un ennemi discret du film lacrymal
En Provence, il existe un facteur que l’on ne retrouve pas avec la même intensité partout : le vent, et notamment le mistral.
Lorsqu’il souffle, il accélère l’évaporation du film lacrymal à la surface de l’œil. Le phénomène peut être particulièrement gênant pour les personnes déjà sujettes à la sécheresse oculaire.
« Le vent ne va pas nécessairement créer à lui seul une sécheresse oculaire chronique, mais il peut clairement aggraver les symptômes chez une personne dont le film lacrymal est déjà fragile », souligne le Dr Levy.
Une paire de lunettes de soleil constitue alors une protection simple : elle protège des ultraviolets mais peut également limiter l’exposition directe au vent.
Climatisation : attention au courant d’air
Autre incontournable de l’été méditerranéen : la climatisation.
Dans les voitures, les bureaux, les commerces ou les habitations, l’air conditionné permet de supporter les fortes chaleurs. Mais un air froid et sec, associé à un courant d’air dirigé vers le visage, peut favoriser l’évaporation des larmes.
Le bon réflexe ? Éviter de diriger directement la climatisation vers les yeux.
« Je conseille souvent aux patients qui souffrent de sécheresse de vérifier simplement l’orientation de la climatisation dans leur voiture ou sur leur lieu de travail. C’est un petit changement qui peut parfois améliorer considérablement le confort », indique le spécialiste.
Et les écrans aggravent encore le problème
Smartphone, tablette, ordinateur… Même pendant les vacances, les écrans restent omniprésents.
Lorsque nous fixons un écran, notre fréquence de clignement diminue. Or, chaque clignement permet de renouveler et de répartir le film lacrymal sur la cornée.

« Plus on reste concentré devant un écran, moins on cligne spontanément. Si cette situation se combine avec de la climatisation ou un environnement chaud et sec, l’inconfort peut être beaucoup plus important », explique le Dr Levy.
Faire régulièrement des pauses, regarder au loin et penser à cligner davantage des yeux sont donc des gestes simples qui peuvent limiter les symptômes.
Lunettes de soleil : un accessoire, mais surtout une protection
En Provence, la protection contre le soleil ne concerne pas uniquement la peau.
Une exposition importante aux ultraviolets peut avoir des conséquences sur différentes structures de l’œil. Des lunettes de soleil offrant une véritable protection contre les UV sont donc recommandées lors des expositions prolongées. Et c’est aussi le cas pour observer une eclipse de soleil comme cela a été le cas en aout dernier.
Elles sont particulièrement utiles lors des activités en extérieur : plage, bateau, randonnée, vélo ou encore sorties en montagne.
« Il faut surtout privilégier une vraie protection UV plutôt que simplement rechercher des lunettes très foncées. La teinte du verre et sa capacité à filtrer les UV sont deux choses différentes », rappelle le Dr Levy.
Quelques gestes simples pour préserver ses yeux cet…automne
Pour limiter la sécheresse oculaire pendant les périodes chaudes, quelques précautions peuvent faire la différence :
- éviter que la climatisation ou le ventilateur souffle directement vers les yeux ;
- porter des lunettes de soleil adaptées lors des expositions prolongées ;
- faire des pauses régulières lors de l’utilisation des écrans ;
- penser à cligner régulièrement des yeux ;
- maintenir une hydratation suffisante ;
- utiliser des larmes artificielles si elles ont été recommandées
Quand une consultation devient-elle nécessaire ?
Une sécheresse occasionnelle liée à un environnement chaud, venteux ou climatisé est généralement sans gravité. Mais lorsque les symptômes deviennent fréquents ou persistants, une consultation peut être utile.
« Une gêne qui dure plusieurs semaines, une douleur, une rougeur persistante ou une véritable baisse de vision ne doivent pas être systématiquement attribuées à la chaleur ou à la sécheresse. Il faut alors rechercher une autre cause ou une maladie de la surface oculaire », insiste le Dr Levy.





