Usines de dessalement en PACA : les projets face à la sécheresse
Les usines de dessalement en PACA pourraient-elles devenir une nouvelle arme contre les sécheresses ? Alors que les ressources en eau sont de plus en plus sous pression, la région regarde désormais vers la Méditerranée…
Face aux sécheresses de plus en plus fréquentes, une solution revient régulièrement dans le débat : dessaler l’eau de mer pour produire de l’eau douce. Une technologie déjà largement utilisée dans le monde, mais encore très peu développée en France.
Le principe est simple : l’eau de mer est filtrée afin d’en retirer le sel, principalement grâce à l’osmose inverse. L’eau obtenue peut ensuite être rendue potable.
La mer comme nouvelle réserve d’eau
Pour une région comme Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’intérêt est évident : la Méditerranée constitue une ressource disponible toute l’année et qui ne dépend pas directement des précipitations. Il est aussi indispensable de rappeler qu’avec le réchauffement climatique, les quantités de neige qui vont fondre pour remplir les lacs du Verdon ne permettront plus de répondre aux besoins.
Le dessalement pourrait donc fournir une ressource complémentaire pendant les épisodes de sécheresse, notamment pour sécuriser les communes du littoral, mais pas seulement comme nous allons le voir plus loin.
Mais cette solution a un prix. Les installations sont coûteuses, leur fonctionnement nécessite de l’électricité et le dessalement traditionnel produit une saumure (sel) très concentrée qui doit être rejetée en mer. Son impact sur le milieu marin doit donc être soigneusement contrôlé.
OceanWell : une usine sous la Méditerranée ?
C’est dans les Alpes-Maritimes (06) qu’apparaît aujourd’hui l’un des projets les plus originaux.
La société américaine OceanWell et Eau d’Azur1 ont signé en janvier 2026 un protocole d’accord pour tester à Nice une technologie de dessalement installée sous la mer.
Des modules pourraient être positionnés à plus de 400 mètres de profondeur. La pression naturelle de l’océan serait utilisée pour faciliter l’osmose inverse et réduire les besoins énergétiques.

Une phase pilote doit permettre d’évaluer la technologie et ses impacts environnementaux. Si les résultats sont concluants, un déploiement commercial pourrait ensuite être envisagé.
Il ne s’agit donc pas encore d’une usine en construction, mais bien d’un projet concret au stade de l’expérimentation.
Le vrai défi : faire remonter l’eau vers l’intérieur
Mais produire de l’eau douce sur la côte ne suffit pas. Comment l’envoyer jusqu’à l’arrière-pays ?
La solution la plus réaliste serait de créer des canalisations sous pression, accompagnées de stations de pompage et de réservoirs intermédiaires.
L’eau dessalée pourrait être injectée dans de grands réservoirs proches du littoral puis progressivement transférée vers l’intérieur. Les pompes permettraient de franchir les reliefs, tandis que les réservoirs serviraient à réguler les débits.
Mais il ne serait probablement pas nécessaire de construire un gigantesque tuyau allant de Nice jusqu’aux Alpes-de-Haute-Provence.
La logique serait plutôt de créer plusieurs réseaux interconnectés, capables d’alimenter les zones déficitaires.
La région dispose déjà d’une expérience considérable dans ce domaine. Le système Durance–Verdon transporte depuis des décennies de l’eau vers la Provence, et la Société du Canal de Provence exploite aujourd’hui un vaste réseau hydraulique régional. L’eau distribuée par ce réseau provient principalement du Verdon et de la Durance. (Société du Canal de Provence)
Autrement dit, la région sait déjà faire remonter et distribuer de l’eau sur de longues distances. Le véritable changement serait de disposer d’une nouvelle source située sur le littoral.
Et si l’on créait un « réseau de secours » régional ?
On pourrait imaginer à terme un système complémentaire :
Méditerranée → usine de dessalement → réservoir côtier → canalisation sous pression → réservoirs de l’arrière-pays → réseaux d’eau potable.
Ce réseau pourrait fonctionner principalement pendant les périodes de sécheresse, lorsque les nappes, rivières et retenues sont au plus bas.
Il faudrait cependant franchir plusieurs obstacles : coût des canalisations, consommation électrique des pompes, autorisations environnementales, gestion des différences d’altitude et partage de l’eau entre les territoires.
Et ailleurs en PACA ?
Dans les Alpes-Maritimes, une proposition demande également d’étudier la création d’une unité de dessalement classique afin de sécuriser l’approvisionnement en eau du département.
Dans le Var, le dessalement avait notamment été étudié pour l’île de Porquerolles. La solution finalement retenue a été une conduite sous-marine permettant d’alimenter l’île en eau potable depuis le continent. Le projet Var Bleu démontre néanmoins les efforts des élus…
Une petite unité mobile de dessalement a également été présentée dans le port de Toulon, tandis que l’Université de Toulon travaille sur de nouvelles technologies de filtration et de dessalement.
Pour résumer et alors que la situation devient dramatique et qu’il est probablement déjà trop tard, les décideurs ne bougent pas.
Une solution miracle ? Non.
Le dessalement ne remplacera ni les économies d’eau, ni la lutte contre les fuites, ni la réutilisation des eaux usées.
Mais il pourrait devenir une assurance supplémentaire contre les sécheresses, particulièrement pour les territoires littoraux.
La question de demain pourrait donc être moins « peut-on produire de l’eau douce avec la Méditerranée ? » que « comment organiser son transport jusqu’aux territoires qui en auront besoin ? »
Avec OceanWell et les technologies de dessalement qui progressent, la Côte d’Azur pourrait devenir un laboratoire d’une nouvelle politique de l’eau.
Et si demain, une partie de l’eau potable de la Provence venait de la mer ?
- Société publique gérant les services de l’eau et d’assainissement dans les 51 communes de la métropole de Nice ↩︎






